Le football guinéen n’a plus le luxe de perdre son temps. Pendant que les grandes nations africaines accélèrent leur développement, modernisent leur gouvernance et investissent dans leurs compétitions, la Fédération guinéenne de football (Féguifoot) s’enlise dans une crise institutionnelle dont personne ne sortira véritablement vainqueur.
La deenière Assemblée générale ordinaire, tenue le vendredi 26 juin dernier à Conakry, n’a fait que confirmer ce que beaucoup redoutaient : la fracture est désormais profonde entre le Comité exécutif, dirigé par Sory Doumbouya, et une frange importante des membres statutaires. Les débats ont été dominés par les désaccords plutôt que par les ambitions pour le football guinéen.
Le rejet des rapports d’activités et financier, celui de la cooptation de nouveaux membres au sein du Comité exécutif, les contestations autour de la nomination des présidents des districts de football ainsi que les discussions relatives à une éventuelle suspension provisoire du président dans le dossier dit « Audio Gate » sont autant de signaux d’une gouvernance qui traverse une crise de confiance sans précédent.
Au-delà des textes et des procédures, une évidence saute aux yeux : lorsqu’une fédération passe plus de temps à gérer ses conflits internes qu’à construire son avenir, c’est le football qui recule. Cette crise ne se limite plus à une opposition entre dirigeants. Elle menace la crédibilité de la Féguifoot, fragilise son image auprès des partenaires, inquiète les acteurs du football et installe une incertitude dont les premières victimes sont les clubs, les ligues, les districts, les éducateurs, les arbitres, les joueurs , les journalistes sportifs et les milliers de supporters qui continuent de croire en un football guinéen plus ambitieux.
Il est temps que chacun mesure la portée de ses responsabilités. Le mandat confié aux dirigeants de la fédération n’est pas un privilège personnel. C’est une mission de service au profit du football national. Les divergences d’opinion sont normales dans une institution démocratique ; elles deviennent destructrices lorsqu’elles prennent le pas sur l’intérêt général.
Le président Sory Doumbouya doit entendre le message envoyé par une partie des membres statutaires. Rejeter des rapports et contester certaines décisions de gouvernance traduit un malaise qui ne peut être ignoré. Dans le même temps, ceux qui contestent la gestion actuelle doivent également mesurer leurs responsabilités. Une crise permanente ne construit ni une fédération forte ni un football performant. L’opposition systématique ne peut devenir un projet de gouvernance.
Le football guinéen a besoin de dirigeants capables de dépasser les susceptibilités, les calculs politiques et les logiques de clans. Les textes existent pour régler les différends. Les organes compétents existent pour apprécier les responsabilités. Encore faut-il accepter de leur faire confiance et de respecter leurs décisions.
Aujourd’hui, la priorité ne devrait plus être de savoir quel camp remportera cette bataille institutionnelle. La véritable question est toute autre : que restera-t-il de la crédibilité de la Féguifoot si cette crise continue de s’aggraver ?
Chaque jour perdu est un jour de moins consacré au développement du championnat national, à la formation des jeunes, au football féminin, à l’amélioration de l’arbitrage, à la professionnalisation des clubs et à la préparation des équipes nationales. Pendant que les dirigeants se divisent, les défis du football guinéen, eux, continuent de s’accumuler.
Il est encore temps d’éviter que cette crise ne débouche sur une paralysie durable de l’institution. Mais cela exige un sursaut de responsabilité. Un dialogue sincère, conduit dans le respect des statuts, de la transparence et de l’intérêt supérieur du football guinéen, est désormais une nécessité, non une option.
L’histoire du football guinéen retiendra moins ceux qui auront gagné un bras de fer que ceux qui auront eu le courage de préserver l’institution. Les ambitions personnelles passent. Les fonctions sont temporaires. Mais les conséquences d’une fédération durablement divisée peuvent peser pendant de longues années.
Le football guinéen mérite une gouvernance forte, apaisée et visionnaire. Les dirigeants de la Féguifoot, les membres du Comité exécutif et les membres statutaires ont aujourd’hui rendez-vous avec leur responsabilité devant l’histoire. Ils peuvent choisir de prolonger les querelles ou d’ouvrir une nouvelle page fondée sur le dialogue, la confiance et le respect des règles.
L’heure n’est plus aux démonstrations de force. Elle est au courage politique, au sens des responsabilités et à la capacité de placer enfin le football guinéen au-dessus des intérêts individuels. Car au bout du compte, une seule victoire mérite d’être célébrée : celle de la Féguifoot et du football guinéen.
