Depuis l’avènement du multipartisme en 1990, la Guinée n’a jamais réussi à faire de la décentralisation une réalité. Pourtant, le principe est simple : donner aux collectivités locales les moyens de décider elles-mêmes de leur développement et rapprocher le pouvoir des citoyens.
Chaque fois que l’occasion s’est présentée de renforcer les collectivités locales, le processus a été détourné. Tantôt les élections municipales ont été contestées pour leur manque d’inclusivité et de transparence, tantôt la volonté populaire a été confisquée au moment de l’installation des exécutifs communaux. Les communales de 2018 à Matoto, à Manéah ou encore à Kindia, avec le cas d’Abdoulaye Bah de l’UFDG et celles d’aujourd’hui à certains endroits sont une illustration d’une démocratie locale sacrifiée sur l’autel des intérêts politiques.
L’une des principales causes de cet échec réside dans l’ingérence permanente de la Hiérarchie centrale dans la gestion des collectivités. Il ne peut y avoir de décentralisation véritable lorsque les autorités locales restent soumises aux décisions de l’administration centrale. Tant que les maires dépendront davantage du département de tutelle que de leurs électeurs, la démocratie locale restera une illusion.
Mais l’État n’est pas le seul responsable.
Les partis politiques portent eux aussi une lourde responsabilité. Car, à l’approche des élections municipales, les candidats sont souvent choisis non pas pour leurs compétences, leur intégrité ou leur engagement envers leur communauté, mais en fonction du népotisme, du clientélisme, du copinage ou de leur capacité à financer leur candidature.
Le résultat est connu. Une fois élus, de nombreux responsables locaux abandonnent leur mission de développement pour chercher les faveurs du pouvoir central, entretenir la démagogie ou préserver leurs intérêts personnels. Pendant ce temps, les détournements de ressources, la mauvaise gouvernance et l’inaction freinent le développement des communes, au détriment des populations.
Pour réussir la décentralisation il faut une volonté politique sincère. Elle exige des élections crédibles, le respect du choix des citoyens, l’autonomie réelle des collectivités locales et une sélection des candidats basée sur le mérite plutôt que sur les arrangements politiques.
Aussi longtemps que ces réformes ne seront pas effectives, la décentralisation en Guinée restera un simple slogan.Une utopie entretenue par les discours, mais régulièrement trahie par les actes.
Ibrahima M’bemba Bah Vice-Président des NTIC du BL et président du réseau des jeunes politiques Guinéens
