La démocratie repose sur l’existence de contre-pouvoirs crédibles. Parmi ceux-ci, la société civile occupe une place essentielle. Elle est censée défendre l’intérêt général, interpeller les gouvernants, surveiller l’action publique et porter la voix des citoyens sans considération partisane. Pourtant, en Guinée, cette frontière est de plus en plus brouillée.
De nombreux responsables d’organisations de la société civile interviennent désormais dans le débat public avec un positionnement clairement partisan, soutiennent des acteurs politiques, participent à des campagnes électorales ou aspirent eux-mêmes à des fonctions électives. Cette situation pose un véritable problème de cohérence et de crédibilité.
Personne ne conteste le droit d’un acteur de la société civile à faire de la politique. Ce droit est garanti à tout citoyen. Mais le problème apparaît lorsqu’une personne revendique simultanément le statut d’acteur indépendant de la société civile et celui d’acteur politique engagé. Les deux rôles poursuivent des objectifs différents et répondent à des exigences différentes.
La force de la société civile réside dans son indépendance. Les organisations citoyennes sont reconnues comme des partenaires de la démocratie précisément parce qu’elles sont censées agir en dehors des logiques de conquête du pouvoir. De nombreux rapports sur la gouvernance démocratique en Guinée soulignent d’ailleurs l’importance d’une société civile forte et crédible pour promouvoir la participation citoyenne et le dialogue démocratique. (IFES)
Lorsqu’un responsable associatif se transforme en militant politique tout en conservant son étiquette de représentant de la société civile, il crée une confusion préjudiciable. Le citoyen ne sait plus s’il parle au nom de l’intérêt général ou au nom d’un agenda partisan. Cette ambiguïté fragilise la confiance du public et discrédite l’ensemble du mouvement associatif.
La Guinée a besoin de partis politiques forts, mais elle a également besoin d’une société civile indépendante. Les acteurs qui choisissent l’engagement partisan devraient avoir le courage de l’assumer ouvertement. À défaut, la société civile risque de devenir un simple prolongement des partis politiques, perdant ainsi sa vocation première de veille citoyenne et de contre-pouvoir.
L’heure est venue d’ouvrir un débat national sur l’éthique, la transparence et les incompatibilités entre certaines responsabilités au sein de la société civile et l’engagement politique partisan. Car une démocratie forte ne peut exister sans une séparation claire entre ceux qui aspirent à exercer le pouvoir et ceux qui sont chargés de le contrôler.
Une Tribune de Monsieur
Aguibou Lamarana Diallo
DGA de la SNCFG-SAU
