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Élections du 31 mai 2026 : ce que les urnes ont dit que les hommes du système taisent

Les élections communales et législatives du 31 mai 2026 en Guinée ont produit une cartographie politique que personne dans les cercles du pouvoir ne semble vouloir regarder en face. Le terrain a parlé avec une clarté que les chiffres officiels peinent à restituer fidèlement, et ce qu’il a dit est simple : dans de nombreuses circonscriptions, la GMD, mouvement politique au pouvoir, n’existe pas vraiment, ou du moins n’existe plus comme force populaire capable de mobiliser et de convaincre. Ce vide n’est pas apparu du jour au lendemain. Il s’est creusé lentement, silencieusement, pendant que des ministres et hauts cadres continuaient d’entretenir, auprès du Président de la République, l’illusion d’une influence territoriale qu’ils ont peut-être jadis possédée mais que le temps, la distance et le désintérêt des populations leur ont progressivement retirée.

Ainsi, maintenir un poste en fabriquant des récits rassurants plutôt qu’en produisant des résultats tangibles, c’est le vieux réflexe des appareils politiques déconnectés, et la Guinée n’en est malheureusement pas à sa première expérience.

Et ce qui rend cette situation particulièrement préoccupante, c’est que ces mêmes acteurs constituent le filtre principal entre la réalité du pays et la perception qu’en a le chef de l’État. Un Président qui gouverne sur la base d’une carte politique falsifiée prend des décisions dans le vide, nomme des gens sans poids réel, construit des coalitions qui tiennent sur du papier. Certains de ces cadres sont peut-être sincèrement convaincus de leur propre influence, emportés par leurs propres récits à force de les répéter. D’autres calculent froidement. Mais dans les deux cas, le résultat est identique : le pouvoir se retrouve doucement pris en otage par des intermédiaires dont la survie dépend du maintien du flou. C’est une forme de confiscation tranquille, sans coup d’éclat, qui opère précisément parce qu’elle se présente sous les dehors de la loyauté et du dévouement.

Il faut lire les victoires des candidats indépendants et des partis d’opposition, au-delà du simple réflexe de les qualifier de votes protestataires. Les populations guinéennes ont montré, dans l’isoloir, qu’elles savent distinguer entre celui qui les représente dans les couloirs du pouvoir et celui qui vit réellement leurs réalités, comprend leurs préoccupations et mérite leur confiance. Ce discernement collectif est une donnée politique majeure. Le minimiser ou tenter de le neutraliser par des manœuvres post-électorales serait une erreur lourde de conséquences. Le capitaliser, en revanche, offrirait au Président une opportunité de renouveler le pacte entre le pouvoir et les gouvernés sur des bases autrement plus solides.

Toutefois, la composition du prochain gouvernement sera donc un acte révélateur. Si elle reproduit la logique habituelle de récompense des fidèles, sans égard pour la légitimité populaire vérifiable, elle confirmera que les signaux du terrain ont été ignorés, et le fossé continuera de se creuser. Si elle intègre des femmes et des hommes dont l’ancrage réel dans leurs communautés est démontré par les urnes, qu’ils viennent de la majorité ou d’ailleurs, elle enverra un message fort : que le Président a choisi de gouverner avec le pays tel qu’il est, et non avec le pays tel que certains le lui ont décrit. Ce choix, qui est avant tout un choix de lucidité, est le seul capable de transformer une séquence électorale complexe en véritable point de départ d’une gouvernance durable.

Aboubacar Sidiki Kaba