Après la première audience de l’affaire de présumé détournement de plus de 310 millions de GNF à la Mairie de Kissidougou, lundi 6 octobre 2025, le juge du Tribunal de Première Instance de la commune a décidé de libérer les mis en cause, jusqu’ici placés en détention préventive.
D’entrée de jeu, le receveur communal accuse son supérieur d’avoir créé un chaos dans les caisses de la commune : ingérence, tenue de carnets parallèles, collecte trimestrielle au lieu de quotidienne, et surtout favoritisme dans la gestion des marchés. En résumé, Kamano affirme avoir hérité d’un système où les recettes s’évaporent plus vite qu’elles n’entrent, rendant la gestion financière opaque.
De son côté, Mansaré balaie ces accusations d’un revers de main. Selon lui, les difficultés financières de la commune résultent d’autres facteurs : le déguerpissement du marché « Lôfèkourani », la disparition de nombreuses boutiques du circuit fiscal, et un contexte économique difficile. « On ne juge pas un budget communal après seulement trois mois », aurait-il lancé, visiblement irrité, rapporte lerevelateur224.com.
Face à ce flottement de chiffres et de justifications, le tribunal a tranché en décidant de faire appel à un expert-comptable. C’est Sékou Koya Mara, directeur préfectoral de l’administration du territoire, qui a été désigné pour faire la lumière sur les comptes de la commune.
En clair, c’est à lui que revient la tâche de déterminer où sont passés ces fameux 310 millions de GNF.
À la surprise générale, Maître Amadou Kamano, nouvel avocat du receveur, a plaidé en faveur de la libération de son client, arguant qu’il devait consulter ses documents pour aider le tribunal. Les autres prévenus ont emboîté le pas. Contre toute attente, le président du tribunal a accepté cette requête : libération immédiate pour les quatre responsables, en attendant le rapport de l’expert prévu pour le 6 novembre 2025.
Cette décision a suscité l’étonnement d’une partie du public, certains exprimant leur scepticisme face à cette clémence.
Cependant, le dernier mot n’a pas encore été dit : le parquet du TPI de Kissidougou a immédiatement fait appel de cette décision, estimant que la gravité des faits ne justifiait pas une telle libération.
Reste à voir si cet appel sera entendu ou si les quatre prévenus, désormais libres, profiteront pleinement de leur liberté en attendant la suite de la procédure.
Dans les rues de Kissidougou, le sujet alimente toutes les conversations. Entre ceux qui dénoncent une justice « à deux vitesses » et ceux qui prônent la présomption d’innocence, l’opinion publique reste divisée.
Mais une question revient avec insistance : qui a réellement détourné l’argent ?
La réponse appartient désormais à l’expert-comptable, et peut-être bientôt à la Cour des comptes.
Yazid Al Djigué
