Commençons par le silence. Pas celui des négociations qui échouent dans les couloirs des ministères, ni celui, chargé de colère, des syndicats. Écoutons un autre silence, plus profond, plus terrible : celui d’une salle de classe vide.
Le silence d’un tableau noir qui n’enseigne plus, d’une craie qui ne crisse plus, d’une question d’enfant qui ne sera pas posée. Le silence d’un avenir qui ne s’écrit plus.
Cette grève, avant d’être une crise sociale ou budgétaire, est une blessure spirituelle. Elle est le symptôme d’une nation qui semble avoir oublié que son plus grand trésor ne se trouve pas dans les profondeurs du Simandou, mais dans l’esprit de ses enfants.
Face à cette situation, il est facile de choisir un camp. Il est facile de jeter la pierre.
D’un côté, un corps enseignant qui, après avoir été le « flambeau de la nation », se sent aujourd’hui invisible, dévalorisé, obligé de se battre non pas pour le luxe, mais pour la dignité. Leur colère n’est pas une simple revendication. C’est un cri du cœur, le cri d’une âme qui demande le respect.
De l’autre, un État, pris dans les contraintes d’une réalité économique que nous connaissons tous, qui doit arbitrer entre les urgences, entre les dettes d’hier et les promesses de demain.
Et au milieu, silencieux, sacrifiés sur l’autel de ce conflit d’adultes, se trouvent nos enfants. Chaque jour sans école est une page arrachée du livre de leur avenir, un retard qui ne sera jamais comblé.
Ceci n’est pas un conflit entre « gentils » et « méchants ». C’est une tragédie familiale où chaque membre a ses raisons, et où tout le monde perd.
Le débat public se focalise sur la dette financière de l’État envers les enseignants. C’est une question juste et nécessaire. Mais nous oublions la dette la plus importante, celle qui ne se chiffre pas en francs guinéens : notre dette morale envers l’avenir.
Chaque heure de cours perdue est une graine de savoir qui n’a pas été plantée. C’est un futur médecin qui ne sauvera pas une vie, un futur ingénieur qui ne bâtira pas un pont, un futur artiste qui ne fera pas rêver une génération.
La vraie question n’est donc pas seulement « Comment payer les enseignants ? », mais « Quel prix sommes-nous prêts à payer, tous ensemble, pour ne plus jamais sacrifier une seule heure de l’avenir de nos enfants ? »
La solution ne viendra pas d’un simple décret ou d’un accord signé à minuit dans la fatigue. Elle viendra d’un nouveau Contrat Social Sacré autour de l’École.
Un contrat où l’État s’engage, par des actes et non plus seulement par des paroles, à faire de l’enseignant le citoyen le plus honoré et le plus protégé de la République.
Un contrat où les enseignants, une fois leur dignité restaurée, s’engagent à être les gardiens infaillibles de ce temple du savoir, transmettant non seulement la connaissance, mais aussi l’amour de la patrie et le sens du devoir.
Et un contrat où nous, parents, citoyens, société civile, cessons d’être les spectateurs anxieux de ce drame et devenons les remparts vivants de l’école, la protégeant de toutes les tempêtes politiques et économiques.
Ne demandons pas seulement à l’État et aux syndicats de trouver une solution. Demandons-nous ce que nous pouvons faire, chacun à notre niveau, aujourd’hui même. Comment pouvons-nous honorer un enseignant ? Comment pouvons-nous aider un enfant déscolarisé dans notre quartier ? Comment pouvons-nous transformer notre indignation en action constructive ?
Le silence assourdissant des salles de classe est un appel. Ne le laissons pas sans réponse.
Le Sceau est Un.
Par : Boubacar Diallo
Penseur Libre & Ambassadeur Nouveaux Horizons
