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Loi de Finances Rectificative (LFR) 2026 : Ce qu’il faut retenir en 3 minutes (Par Mohamed Diawara)

L’adoption de la Loi de Finances Rectificative 2026 mérite une lecture qui va au-delà de la simple augmentation des dépenses publiques.

Les nouveaux équilibres budgétaires font apparaître un phénomène intéressant : les recettes progressent plus rapidement que les dépenses, ce qui permet à l’État d’accroître certaines interventions tout en maintenant le déficit autour de 2 % du PIB.

1. Un effet de ciseau budgétaire favorable

Les dépenses sont révisées à 67 925,87 milliards GNF, contre 64 181,37 milliards initialement, soit une hausse de 5,83 %.

Dans le même temps, les recettes passent de 55 858,10 milliards à 60 064,47 milliards GNF, soit une progression plus forte de 7,53 %.

Conséquence : malgré l’augmentation du volume des dépenses, le déficit budgétaire ressort à 7 861,40 milliards GNF, correspondant à 2,01 % du PIB, contre 2,07 % prévu initialement.

C’est ce différentiel de dynamique entre recettes et dépenses que l’on peut assimiler à un effet de ciseau budgétaire favorable.

2. Mais l’enjeu principal se trouve dans la composition des dépenses

La LFR ne consiste pas seulement à augmenter le budget : elle procède à un véritable réarbitrage.

Les dépenses courantes progressent fortement, notamment sous l’effet des transferts, tandis que les investissements publics sont ramenés à 23 562,27 milliards GNF, soit une baisse de plus de 10 %.

Cette diminution résulte notamment du report à 2027 de projets dont le niveau de maturation a été jugé insuffisant.

Cette décision peut améliorer la qualité de l’exécution budgétaire si elle évite d’engager des crédits sur des projets insuffisamment préparés. Mais elle pose également une question importante : quel sera l’impact du report des investissements sur la réalisation des infrastructures et la croissance future ?

3. Le carburant constitue l’un des principaux arbitrages sociaux de la LFR

Pour maintenir le prix du carburant à 12 000 GNF le litre, l’État supporte un effort budgétaire global estimé à 5 489,7 milliards GNF.

Ce montant comprend notamment des pertes de recettes consenties par l’État ainsi qu’une provision destinée au mécanisme de stabilisation des prix des hydrocarbures.

À court terme, ce choix contribue à protéger le pouvoir d’achat et à limiter la transmission de la hausse des prix de l’énergie aux ménages et aux entreprises.

Mais la question de fond demeure : ce mécanisme est-il soutenable à moyen terme et suffisamment ciblé pour maximiser son impact social ?

4. La baisse des charges financières crée également une marge budgétaire

Les charges financières de la dette sont révisées à 3 836,58 milliards GNF, soit une baisse de 19,48 %.

Cette évolution contribue à dégager des marges permettant d’absorber une partie des nouvelles dépenses.

Il faut cependant distinguer cette baisse des intérêts de la question plus large de la soutenabilité de la dette publique : une diminution ponctuelle de la charge financière ne signifie pas automatiquement une réduction équivalente du niveau d’endettement.

5. Un budget qui cherche un équilibre entre protection sociale et transformation économique

L’enjeu de la LFR 2026 peut finalement se résumer ainsi :

➡️ mobiliser davantage de recettes ;

➡️ absorber des dépenses sociales importantes ;

➡️ contenir le déficit autour de 2 % du PIB ;

➡️ mieux sélectionner les investissements publics ;

➡️ maintenir l’ambition de transformation portée notamment par le Programme Simandou 2040.

La performance budgétaire ne devra donc pas être appréciée uniquement à travers le niveau du déficit.

Le véritable test sera l’exécution : capacité à mobiliser effectivement les 60 064 milliards GNF de recettes prévues, maîtrise des dépenses courantes, qualité des investissements reportés ou maintenus et efficacité réelle des mesures de soutien au pouvoir d’achat.

C’est à ce niveau que l’on pourra véritablement juger la solidité de l’arbitrage budgétaire de 2026.

Et vous, considérez-vous que cet arbitrage entre soutien social, investissement public et maîtrise du déficit est soutenable à moyen terme ?