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Alpha Condé : « Le 2 octobre ne doit pas être l’occasion de réécrire notre histoire, mais de la… » (Discours)

ADRESSE À LA NATION DU PRESIDENT ALPHA CONDE A L’OCCASION DU 2 OCTOBRE 2026

 

Guinéennes, Guinéens,

Mes chers compatriotes,

Il y a soixante-huit ans, le peuple de Guinée écrivait une page majeure de son histoire. Le 2 octobre 1958, notre peuple choisissait la liberté et l’indépendance. Il choisissait de prendre en main son destin, de disposer de ses ressources et de transmettre aux générations futures une Nation souveraine.

Cette date historique ne doit appartenir ni à une génération, ni à un parti, encore moins à une junte. Elle appartient au peuple, à ceux qui ont combattu pour notre souveraineté et à tous ceux qui font vivre la République et ses valeurs.

Être indépendant, c’est pouvoir décider librement de son destin, disposer de ses ressources dans l’intérêt de la Nation et avoir des institutions démocratiques capables de résister aux hommes, aux clans et aux intérêts particuliers. C’est pouvoir choisir librement ses dirigeants, les contester et les remplacer pacifiquement. C’est pouvoir parler, écrire, enquêter et manifester sans craindre pour sa liberté ou pour sa vie.

 

Mes chers compatriotes,

Regardons avec honnêteté la décennie 2011-2021. Lorsque j’accédais au pouvoir à la fin de 2010, la Guinée sortait d’une longue période d’instabilité. Les équilibres macroéconomiques étaient rompus, les infrastructures presque inexistantes, l’accès à l’électricité était un rêve et nos mines étaient bradées et inexploitées.

Nous avons alors engagé des réformes économiques et financières majeures qui ont permis, avec l’accompagnement des institutions de Bretton Woods, l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés, ouvrant la voie à un allégement de dette estimé à environ 2,1 milliards de dollars.

Des réalisations importantes ont été faites dans l’énergie, avec les barrages Kaléta et Souapiti, et les infrastructures routières. Dans le secteur minier, le nouveau Code de 2011 a rendu le secteur plus attractif. Les négociations sur Simandou ont fait du port en eau profonde de Moribaya le socle d’un projet devant créer des milliers d’emplois.

En 2020, malgré la pandémie de Covid-19, la croissance atteignait environ 7,1 %. La Banque mondiale estimait également que la pauvreté monétaire avait reculé de 48,5 % en 2014 à 43,7 % en 2018.

 

À ces résultats s’ajoutent des avancées dans l’administration, la santé, l’éducation, les infrastructures, l’électrification rurale et l’agriculture.

Une lecture honnête de notre histoire doit reconnaître ces acquis sans nier les insuffisances et les erreurs de cette période. La Guinée de 2011 à 2021 a aussi connu des manifestations meurtrières, des arrestations, des tensions politiques et des accusations d’usage excessif de la force. Je m’incline, au nom de l’État guinéen, devant la mémoire de toutes les victimes de ces épisodes sombres de notre histoire commune.

 

Guinéennes, Guinéens,

Mes chers compatriotes,

Une Nation adulte ne choisit pas entre mémoire et vérité. Elle choisit les deux. Nous devons reconnaître ce qui a été accompli et ce qui n’a pas fonctionné. C’est ainsi que nous pouvons comprendre la gravité de ce qui s’est produit le 5 septembre 2021.

Ce jour-là, l’ordre constitutionnel a été interrompu par un coup d’État sanglant d’un groupe de traîtres à la Nation guinéenne. Ils ont freiné notre élan de développement et enterré le processus de démocratisation de notre pays.

Le nouveau pouvoir téléguidé par des étrangers avait annoncé une refondation de l’État, la restauration de la justice, la lutte contre la corruption, la défense des droits et le retour à l’ordre constitutionnel. Cinq ans après la prise en otage de notre destin commun, ces engagements doivent être confrontés aux faits.

 

Depuis 2021, des organisations internationales de défense des droits humains ont documenté la restriction de l’espace civique, l’interdiction de manifestations, les arrestations de journalistes et d’opposants, l’exil forcé de certains Guinéens, la fermeture ou la suspension de médias, ainsi que des cas de disparitions forcées en dehors de toute procédure légale et régulière et la mort suspecte de nombreux Guinéens.

Dans le même temps, en octobre 2024, la junte a annoncé la dissolution de 107 partis politiques et placé 67 autres sous observation.

Peut-on prétendre construire durablement l’État de droit lorsque l’espace permettant aux citoyens de s’organiser, de s’exprimer, de manifester et de contester le pouvoir se réduit ? La liberté n’est pas un privilège. La presse libre n’est pas une faveur. La justice ne doit appartenir ni à un gouvernement ni à un individu, mais au droit et à la Nation guinéenne. Les ressources naturelles appartiennent, elles aussi, à la Nation.

 

Guinéennes, Guinéens,

Mes chers compatriotes,

Notre pays possède des ressources minières exceptionnelles, un potentiel hydroélectrique considérable et des terres agricoles. Mais posséder des richesses naturelles ne suffit pas à rendre un peuple riche.

La véritable richesse d’une Nation réside dans ses institutions démocratiques, une administration compétente, une justice indépendante, une presse libre, des écoles, des hôpitaux et une énergie disponible. Elle réside aussi dans des agriculteurs qui vivent de leur travail et des jeunes qui trouvent un emploi.

 

Mes chers compatriotes,

Nous devons parler de nos ressources minières avec responsabilité. À lui seul, Simandou ne peut développer la Guinée, contrairement à tout ce que la junte s’efforce de faire croire. Nos ressources doivent créer des emplois, des industries, des écoles, des centres de santé, des routes, de l’électricité et des perspectives pour les générations futures.

Aucun gouvernement ne devrait pouvoir disposer des richesses nationales sans transparence ni contrôle institutionnel. La souveraineté politique n’a de sens que si elle s’accompagne d’une véritable souveraineté économique et institutionnelle civile et démocratique.

 

Mes chers compatriotes,

La Guinée n’avait pas besoin d’un coup d’État militaire. Les réalités du moment le prouvent. Aujourd’hui, qu’est-ce qui a véritablement changé dans la vie des Guinéens ? Il ne reste que des slogans creux, des propagandes inutiles aux frais du contribuable, la peur des armes, l’insécurité, la pauvreté, les assassinats ciblés, les kidnappings et les disparitions forcées.

Désormais, nous devons renforcer notre unité afin de restaurer l’ordre constitutionnel civil et démocratique et rebâtir notre État au service du peuple.

Le 2 octobre ne doit pas être l’occasion de réécrire notre histoire, mais de la comprendre. Nous devons reconnaître les violations documentées et les souffrances subies, mais surtout refuser que la Guinée soit enfermée dans un éternel affrontement entre des individus qui ont braqué notre pays et ses richesses.

La République est plus grande que cette junte de narcotrafiquants. Un peuple engagé pour défendre sa dignité et son destin ne redoute aucune arme ni aucun groupe de criminels. La Nation guinéenne est plus grande que les militaires comme elle est plus grande que les civils. Notre drapeau n’appartient à personne. Il appartient à tous les Guinéens respectueux de notre mémoire collective.

 

Notre responsabilité collective est de construire une République dans laquelle aucun citoyen n’est au-dessus de la loi ni en dessous de la dignité, et qui libère chacun de l’arbitraire, de la peur, de l’injustice et de la pauvreté.

 

Guinéennes, Guinéens,

Mes chers compatriotes,

Soixante-huit ans après le 2 octobre 1958, notre génération reçoit à son tour la responsabilité historique de transmettre la Guinée à ceux qui viendront après nous. Une Guinée plus juste, plus forte et plus prospère, où la richesse du sous-sol devient une richesse pour ceux qui vivent au-dessus. Une Guinée où la dignité humaine est inviolable. Une Guinée où la République appartient réellement au peuple.

C’est cela, le véritable sens de notre indépendance, qui doit mobiliser chaque citoyen où qu’il soit pour libérer notre pays du gangstérisme qui règne au sommet de l’État.

Vive la République de Guinée !

Bonne fête de l’Indépendance à toutes les Guinéennes et à tous les Guinéens.

 

Président Alpha Condé