Une famille malienne affirme avoir perdu plus de 1,2 million de dollars dans une opération portant sur 102 kilos d’or qui ne lui aurait jamais été livré. Une affaire qui, selon son témoignage recueilli par EnQuete224.com, part du Mali et passe par la Guinée, la Côte d’Ivoire et le Ghana. Les personnes qu’elle met en cause en Guinée n’ont pas encore été interpellées, selon elle.
C’est une affaire tentaculaire que raconte une famille malienne, qui dit avoir été victime d’une présumée escroquerie internationale à l’or.
Selon son témoignage recueilli sous couvert d’anonymat par Laguinee.info, une dizaine de membres d’une même famille et leurs collaborateurs ont voulu investir dans 102 kilos d’or à destination de Dubaï. Ils affirment avoir perdu au total 1,2 million de dollars sans jamais voir l’or.
Un projet qui part du Mali en janvier 2025
Tout commencerait le 20 janvier 2025 au Mali: « Nous avons eu un accord avec un gars nommé Ousmane Diakité, dit Lookman. Du Mali, nous sommes venus en Guinée avec l’objectif d’aller à Dubaï le lendemain », témoigne un membre de la famille.
Arrivés à Conakry le 2 février, ils disent avoir été conduits non pas à l’aéroport, mais dans un bureau.
Des identités multiples et le nom du président cité, selon la victime
C’est dans ce bureau que, selon la victime, la confusion aurait commencé:
« On nous a conduits dans le bureau de Mamadou Sinaba. Mais le nom qu’il utilise en Guinée, c’est Amadou Camara [ou Mamadou Camara, selon un autre passage du témoignage]. Il était avec son ami Mohamed Lamine Konaté et un chauffeur nommé Abou Diallo », raconte-t-elle.
Toujours selon son récit, l’homme se serait présenté comme douanier et « transitaire agréé du président de la République, Mamadi Doumbouya », affirmant que le chef de l’État l’aurait chargé de gérer l’or venant du Mali. Pour les rassurer, des personnes en tenue de douane guinéenne leur auraient été présentées. Il a ajouté que ces individus ce sont servi du nom du président de la République pour accomplir leur « mission ».
Une fois la confiance obtenue, selon la famille, une taxe de 5% aurait été exigée au motif que le Mali ne faisant plus partie de la CEDEAO, l’or devait transiter par la Guinée:
« Ils nous ont dit qu’il fallait payer une taxe de 5%. Nous avons négocié à 2,5%, soit 211 000 dollars. Ils nous ont dit que les documents seraient prêts en 72 heures », explique la victime.
La famille affirme avoir payé cette somme dans un hôtel de Conakry. Sur les documents remis, figurerait, selon elle, le nom de Mohamed Lamine Konaté, présenté comme devant les accompagner à Dubaï.
200 000 dollars en Côte d’Ivoire, 300 000 au Ghana
Le périple se poursuit. Arrivés en Côte d’Ivoire, nouveau blocage présumé du colis et nouvelle demande: « Mohamed Lamine Konaté nous appelle pour dire que le colis est bloqué. Il faut encore payer les taxes. La procuration faite en Guinée n’était pas légalisée », affirme la famille, qui dit avoir payé 200 000 dollars supplémentaires en Côte d’Ivoire.
Au Ghana, même scénario : 300 000 dollars réclamés: « Le colis est parti en Ouganda. On nous a dit qu’il était là-bas, mais nous n’avons jamais mis la main dessus », déplore la victime, qui affirme que le groupe s’est disloqué au Ghana.
Au total, la famille chiffre ses pertes à 1,2 million de dollars: « Nous avons tout perdu. Pas d’or, pas d’argent. Et nos partenaires nous réclament leur argent », lance-t-elle.
Des interpellations au Mali et en Côte d’Ivoire, selon la famille
Selon la famille, des procédures ont été engagées dans plusieurs pays: « Nous avons fait arrêter le cerveau au Mali, le nommé Lookman. Il est en prison, ainsi que celui de Côte d’Ivoire. Mais en Guinée, personne n’est encore arrêté », affirme-t-elle.
Les personnes que la famille met en cause en Guinée, qu’elle identifie comme Mohamed Lamine Konaté et Madou Sinaba, alias Mamadou Camara, seraient toujours en liberté, selon elle. Ces accusations n’ont à ce stade fait l’objet d’aucune décision de justice.
La famille demande l’aide des autorités guinéennes
En grande difficulté financière, la famille dit avoir saisi la justice guinéenne. Selon ses dires, l’affaire aurait été portée devant le Tribunal de première instance de Mafanco et des enquêtes seraient en cours:
« Nous voulons la justice. Nous demandons aux autorités guinéennes de nous aider. Nous avons perdu tout ce que nous avions », plaide la victime.
Avec Laguineeinfo
