La récente décision de renforcer les conditions de délivrance des visas Schengen à l’égard des ressortissants guinéens s’inscrit dans le cadre de la politique migratoire de l’Union européenne et répond à des préoccupations liées à la coopération entre États en matière de réadmission. Si les États sont pleinement souverains dans la définition de leur politique des visas, il demeure essentiel que les mesures adoptées respectent les principes d’équité, de proportionnalité et d’individualisation de l’examen des demandes.
À cet égard, il serait regrettable que des restrictions à caractère général produisent des effets indifférenciés sur des voyageurs dont le comportement, depuis de nombreuses années, témoigne d’un respect constant des lois et des engagements pris envers les autorités consulaires européennes.
De nombreux ressortissants guinéens ont effectué, au fil des années, plusieurs dizaines de voyages dans l’espace Schengen sans jamais contrevenir aux règles de séjour. À l’expiration de chacun de leurs visas, ils sont retournés dans leur pays, faisant preuve d’un civisme exemplaire et contribuant, par leur attitude, à renforcer la crédibilité des procédures consulaires.
Dans ce contexte, il apparaît légitime de plaider pour un traitement différencié des demandeurs dont l’historique atteste d’une conformité constante aux obligations qui leur étaient imposées. La prise en compte des antécédents positifs permettrait de mieux cibler les contrôles sur les situations présentant un risque réel, tout en évitant d’imposer des contraintes excessives à des voyageurs dont la fiabilité est déjà établie.
De même, la limitation systématique des visas à entrées multiples gagnerait à être réévaluée pour les voyageurs réguliers présentant un parcours irréprochable.
Les entrepreneurs, les investisseurs, les universitaires, les artistes, les patients bénéficiant d’un suivi médical, ainsi que les personnes entretenant des liens familiaux durables avec les États de l’espace Schengen, ont un besoin légitime d’une mobilité stable, prévisible et sécurisée.
Une politique des visas moderne et efficace ne saurait opposer impératifs de sécurité et facilitation de la mobilité légale. Elle peut, au contraire, concilier la maîtrise des flux migratoires avec la reconnaissance du comportement exemplaire de celles et ceux qui ont toujours respecté les règles. Valoriser les antécédents de conformité renforcerait la confiance entre les administrations consulaires et les demandeurs, tout en consacrant une approche fondée sur le mérite et la responsabilité individuelle.
Au-delà des considérations administratives, une telle évolution constituerait un signal fort en faveur d’un partenariat équilibré entre la République de Guinée et l’Union européenne, fondé sur le respect mutuel, la confiance réciproque et la promotion d’une mobilité légale, responsable et bénéfique pour les deux parties.
La crédibilité d’une politique migratoire ne se mesure pas uniquement à sa fermeté ; elle se mesure également à sa capacité à distinguer les comportements exemplaires des situations qui justifient une vigilance renforcée. C’est à cette condition que les objectifs légitimes de sécurité pourront être atteints sans compromettre la liberté de circulation des voyageurs respectueux des règles, véritables ambassadeurs de la coopération entre les peuples.
A.P Bangoura
