Bann2 728×90

CRIEF : le parquet annonce l’ouverture d’une Enquête sur la gestion de 43 milliards de francs guinéens alloués au CNT

Le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), dirigé par Alphonse Charles Wright, a ouvert une enquête préliminaire sur la gestion de 43 milliards de francs guinéens attribués à l’ancien Conseil national de la transition (CNT), organe législatif durant la transition en Guinée.  Plusieurs responsables de l’ex-institution sont soupçonnés de détournement de fonds publics, de corruption, de blanchiment de capitaux et d’enrichissement illicite.

 

Un document daté du 7 juillet 2026, adressé à l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), à la Direction centrale de la police judiciaire et au Secrétariat à la Présidence chargé des services spéciaux et de la lutte contre le crime organisé, indique que le procureur spécial a été saisi par signalement de plusieurs infractions présumées liées à l’utilisation de cette somme.

 

Selon le parquet, les 43 milliards GNF ont été répartis sur la base d’un courrier référencé n°037/PCNT/2026 du 2 avril 2026, signé par le président de l’ancien CNT, Dr Dansa Kourouma.  40,5 milliards de francs guinéens auraient été alloués en primes de séparation aux conseillers nationaux, et 2,5 milliards en primes spéciales de récompense aux travailleurs de l’administration parlementaire.

 

La gestion de ces fonds soulève de sérieuses questions. Le parquet évoque une utilisation « opaque » des ressources publiques, notamment avec la transmission de listes de bénéficiaires ne remplissant pas les critères d’éligibilité prévus par l’article 62 du règlement intérieur du CNT.  L’absence de justificatifs comptables probants concernant les paiements est également pointée du doigt.  Aucune pièce comptable régulière, ordre de virement bancaire ou autre mode de paiement conforme à la réglementation n’aurait été établi pour les versements aux bénéficiaires, suscitant des contestations au sein même de l’administration parlementaire.

 

L’enquête préliminaire vise notamment Aboubacar Camara, secrétaire général du CNT, et plusieurs hauts responsables de l’ex-institution, dont Sâa Leno, directeur des services financiers et comptables, Youssouf Fofana, directeur des normes de conformité financière, Amadou Diakité, directeur des ressources humaines, son adjointe Diaraye Baldé, directrice de cabinet, Aboubacar Foté Soumah, directeur des affaires juridiques, Oumar Diakhaby, directeur de la communication, Mohamed Magassouba, directeur des services informatiques, Mohamar Baldé, directeur des services législatifs, Amadou Camara, directeur du protocole, et Mohamed Lamine Keïta, directeur des relations interparlementaires et de la coopération.  D’autres personnes susceptibles d’être impliquées sont également mentionnées.

 

Les infractions présumées sont lourdes : détournement de deniers publics, corruption d’agents publics, blanchiment de capitaux, enrichissement illicite, faux et usage de faux en écritures publiques et privées, et complicité.  Le parquet s’appuie sur plusieurs dispositions du code pénal guinéen, de la loi relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, ainsi que de la loi portant prévention, détection et répression de la corruption et des infractions assimilées.

 

L’enquête sera conduite par les substituts du procureur spécial Ousmane Sano, Biwon Millimono et Pierre Segbé Kamano, avec l’appui d’une équipe mixte d’officiers de police judiciaire coordonnée par l’ORDEF. Le procureur spécial a insisté sur le caractère secret de l’enquête et appelé les services concernés à la diligence.

 

Cette procédure s’inscrit dans un contexte de contrôle accru de la gestion des deniers publics en Guinée, où les autorités de transition affirment leur volonté de renforcer la lutte contre la corruption et d’exiger davantage de redevabilité dans les institutions publiques.

Al Hassan