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Pharmacie centrale de Guinée : le DG Labilé Sagno et plusieurs autres responsables placés sous mandat de dépôt

Le directeur général de la Pharmacie centrale de Guinée (PCG-SA), Labilé Sagno, ainsi que neuf autres responsables de cette société publique, ont été placés sous mandat de dépôt par le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).  Cette décision fait suite à une enquête en cours concernant de présumées irrégularités dans la gestion financière, les marchés publics et les stocks de médicaments de l’entreprise.

Les dix personnes concernées ont occupé ou occupent actuellement divers postes au sein de la PCG-SA, notamment dans les domaines de la direction générale, des finances, des approvisionnements, des marchés publics, de la production et du contrôle interne.  Parmi elles figurent Bakary Camara, économiste et chef du département du capital humain ; Kadiatou Deme, responsable des marchés publics ; Dramadou Condé, comptable ; Himy Touré, chef du département de la production ; Néné Issa Diallo, du département assurance et qualité ; Bangaly Mara, chargé des approvisionnements pharmaceutiques ; Mame Étien Donamou, directeur financier et comptable ; Saloum Condé, directeur des opérations ; Bakary Tambadouno, auditeur interne ; et Adama Bakary Keita, directeur général adjoint.

Cette mesure judiciaire représente une nouvelle étape dans l’enquête sur la Pharmacie centrale de Guinée (PCG), dont la gestion est sous investigation depuis plusieurs semaines.

 

Enquête ouverte suite à des signalements de l’ANLC-PBG

 

Le 14 octobre 2026, le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright, a chargé l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF) d’approfondir les investigations sur plusieurs anomalies relevées dans la gestion de la PCG-SA.  Cette procédure a été initiée suite à une dénonciation de l’Agence nationale de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance (ANLC-PBG), qui a identifié des irrégularités financières, comptables et opérationnelles au sein de cette société publique responsable de l’approvisionnement en médicaments et produits de santé.

 

Les investigations se concentrent notamment sur des soupçons de détournement de fonds publics, des irrégularités dans la passation des marchés publics et des défaillances dans la gestion des stocks pharmaceutiques.

 

Pertes financières importantes en 2025

 

Parmi les éléments clés examinés figure la dégradation des résultats financiers de la société.  Selon les données présentées dans l’instruction du procureur spécial, la PCG-SA aurait enregistré une perte nette de 100,68 milliards de francs guinéens en 2025, contre un bénéfice de 2,8 milliards GNF en 2024.

Cette évolution serait notamment imputable à une marge commerciale négative de 62,23 milliards GNF, ainsi qu’à la péremption et à la détérioration d’importants stocks de médicaments.  L’inventaire réalisé par l’ANLC-PBG entre le 15 février et le 17 mars 2026 aurait révélé des stocks périmés ou détériorés évalués à 85,67 milliards GNF au prix de vente, tandis que le rapport de gestion les valoriserait à 47,3 milliards GNF, un écart dont les causes restent à éclaircir.  La kétamine représenterait à elle seule 24,15 milliards GNF, soit 28,2 % des pertes liées à la péremption et à la détérioration des produits.

 

L’enquête se penche également sur les conditions d’attribution de plusieurs marchés publics.  Selon les éléments de l’instruction du 14 octobre, des acquisitions de médicaments et de dispositifs médicaux entre 2021 et 2022 auraient été effectuées par marchés de gré à gré, sans mise en concurrence suffisante ni autorisation préalable.  Cinq fournisseurs, Kinapharma, Pharmanova, Nazounki, Entrance et Medinex, sont cités parmi les entreprises ayant livré des produits périmés, principalement sur la période 2022-2023.

Les enquêteurs devront examiner les conditions d’attribution des marchés, les quantités commandées, les produits effectivement reçus et les circonstances entourant la péremption de certains médicaments.  Un marché de construction et de rénovation d’un entrepôt à Boké, estimé à près de 8,9 milliards GNF, est également sous investigation pour soupçons de surfacturation.

 

Au-delà des aspects financiers, l’ANLC-PBG aurait identifié plusieurs lacunes dans la gestion et la traçabilité des médicaments.  Parmi les anomalies relevées figurent des divergences entre les numéros de lots inscrits dans les documents et ceux constatés physiquement, l’absence de certaines fiches de stock et des transferts de produits insuffisamment documentés.

 

Les conditions de stockage sont également mises en cause.  Selon les éléments du dossier, des médicaments périmés auraient été conservés dans les mêmes entrepôts que des produits encore valides. À Manéah, certains stocks périmés auraient été entreposés à l’air libre avant leur incinération.

 

La situation financière de la PCG-SA soulève également des questions quant aux créances et aux délais de règlement. La société détiendrait une créance de 46,6 milliards GNF sur le ministère de la Santé, tandis que le délai moyen de règlement des fournisseurs aurait dépassé 1 000 jours en 2025, contre 567 jours en 2024.

 

La CRIEF est appelée à déterminer les responsabilités.

Dans son instruction à l’ORDEF, Alphonse Charles Wright a requis des vérifications approfondies des contrats, bons de commande, procès-verbaux de réception des médicaments, documents comptables et registres de stocks.  Ces investigations visent à déterminer si les pertes sont dues à des erreurs de gestion ou si des infractions pénales sont à envisager.  Le placement sous mandat de dépôt du directeur général et de neuf autres responsables marque une nouvelle étape dans cette affaire, soulignant l’importance de la transparence et du contrôle dans la gestion de l’approvisionnement public en médicaments en Guinée.  Les responsabilités individuelles seront établies au cours de la procédure judiciaire.  Les personnes mises en cause bénéficient de la présomption d’innocence jusqu’à la preuve de leur culpabilité.

 

Alhassane