La Guinée atteint des records dans ses exportations de bauxite, mais cette performance se traduit encore peu en emplois pérennes, entreprises solides et compétences locales. C’est le constat dressé par Amara Somparé, vendredi 16 octobre 2026, lors de la deuxième table ronde de l’Observatoire guinéen de conjoncture économique (OGCE) à Conakry. Devant les participants, il a défendu cinq réformes clés pour que l’exploitation minière devienne un véritable levier de développement national.
De la production brute à la création de valeur
Pour Amara Somparé, le débat ne doit plus se limiter aux volumes produits et exportés. L’enjeu consiste à savoir « combien d’entreprises, de compétences et de technologies la bauxite permet de faire émerger ». En 2025, environ 183 millions de tonnes ont été exportées, représentant un cinquième du PIB et plus de 90 % des exportations du pays. Mais cette réussite s’accompagne d’un « paradoxe bauxitique » : la hausse des volumes n’assure pas la diversification économique ni une montée en capacité durable.
Le taux de mobilisation fiscale reste faible, avec 11,9 % du PIB en 2023 selon la Banque mondiale, contre un objectif de 15 %. De plus, près des trois quarts des exportations sont destinés à la Chine, exposant la Guinée aux fluctuations mondiales et aux risques géopolitiques.
Cinq réformes pour ancrer les retombées minières
Mettre en place un compte économique élargi de la bauxite pour mesurer la part réelle de valeur captée et transformée en capacités productives pour le pays.
Évaluer le contenu local par la valeur ajoutée réelle, en suivant la masse salariale guinéenne, la sous-traitance et les équipements nationaux, plutôt que de se limiter aux contrats attribués.
Élaborer des contrats de territoire entre collectivités, communautés, sociétés minières et sous-traitants afin de transformer les bassins miniers en pôles de développement.
Orienter les ressources minières vers des investissements durables (compétences, équipements, entreprises) plutôt que vers les seules dépenses courantes, à travers des fonds comme le FODEL.
Créer une structure nationale de coordination rattachée à la Primature ou à la Présidence, chargée du suivi, de l’arbitrage des investissements et de l’organisation des infrastructures partagées.
Une feuille de route pragmatique
Le plan proposé prévoit un protocole dans les six mois, une situation de référence à douze mois, des programmes pilotes dans deux bassins miniers sous vingt-quatre mois, et une première évaluation à trois ans. Les dispositifs inefficaces pourraient alors être abandonnés.
Enfin, Amara Somparé recommande de suivre en priorité le PIB non minier et les exportations non extractives pour mesurer l’impact réel : « L’objectif ultime est que la croissance de la bauxite génère une croissance durable au-delà de la bauxite. »
