En 2010, Aguibou Ly rentre en Guinée avec un diplôme de finance américain en poche et une image d’enfance qui ne le quitte pas, celle des trains de bauxite qui quittent Kamsar sans que cette richesse profite au pays. Quinze ans plus tard, son entreprise IBS Group a livré plus de 1 400 logements sur le chantier minier le plus stratégique de Guinée, le Simandou.
Aguibou Ly naît à Kamsar, ville minière du nord-ouest de la Guinée où ses parents travaillent pour la Compagnie des bauxites de Guinée. Grandir dans cette ville, c’est grandir au contact permanent du monde minier, de ses codes, de ses rythmes, de ses trains qui filent vers le port chargés de minerai.
Sa scolarité le mène au Lycée Ahmadou Matar Mbow, où il obtient son baccalauréat. Le lycée derrière lui, c’est un tout autre continent qui l’attend. Il s’envole pour les États-Unis et s’inscrit à l’Université de Caroline du Nord à Charlotte, dont il sort diplômé en finance.
Ses premières armes professionnelles se font loin de la Guinée, dans les télécommunications, comme cadre commercial en Floride. Il rejoint ensuite ITC Global, où il prend la direction régionale pour l’Afrique de l’Ouest. Sous son impulsion, l’entreprise étend sa présence dans la région, une croissance qui débouche sur le rachat d’ITC Global par Panasonic en 2015.
Aguibou Ly, la valeur au pays
C’est pourtant cinq ans avant ce rachat, en 2010, que l’entrepreneur guinéen engage le vrai tournant de sa carrière. De retour au pays, il ne parvient pas à se défaire de cette image de trains chargés de bauxite qui quittent le pays sans profiter pleinement à son économie. Dans un entretien accordé à Forbes Afrique en janvier 2026, il la décrit comme une injustice à corriger.
Pour la corriger, il faut d’abord maîtriser la chaîne de valeur minière, un terrain jusque-là verrouillé par les multinationales. C’est ce pari qu’il engage en fondant IBS Group. Il résume son ambition par une image qu’il affectionne encore aujourd’hui, celle de construire la « boulangerie du quartier », pour que la valeur ajoutée reste enfin sur place plutôt que de partir avec les trains.
Quinze ans plus tard, cette boulangerie a pris des proportions considérables. IBS Group a noué des partenariats avec des groupes industriels de premier plan, Siemens, Cummins, Timken ou Dräger, dont il devient représentant officiel en Guinée. Deux coentreprises complètent l’édifice, SIMI avec le groupe espagnol Copisa, et KRSS avec Aden Group pour la gestion des camps miniers.
IBS Group, un acteur du Simandou
L’entreprise grandit au fil des grands chantiers du pays, l’extension de la CBG, le projet GAC de Boké, le système de chargement de Dynamic Mining. Puis vient le Simandou, où IBS conçoit et livre plus de 1 400 logements en plus des infrastructures logistiques et techniques complètes, de quoi accueillir plusieurs milliers de travailleurs sur ce qu’Aguibou Ly décrit comme une véritable petite ville autonome, avec sa production d’eau, d’énergie et de services.
La formation reste, dans son discours, la pièce maîtresse de l’édifice. Avec Siemens, IBS permet à de jeunes ingénieurs guinéens de travailler sur le projet régional OMVG, qui interconnecte quatre pays d’Afrique de l’Ouest. L’entreprise soutient aussi des centres de formation technique à Beyla, à Boké et à l’École nationale des Arts et Métiers, où elle recrute chaque année plusieurs lauréats, en cherchant à faire revenir les talents de la diaspora guinéenne.
En avril 2025, IBS Group souffle ses quinze bougies. L’entreprise emploie alors plus de mille personnes à travers le pays et rappelle son ancrage social en dévoilant la rénovation du stade de Kamsar, la ville où tout a commencé pour son fondateur.
Toutes ces initiatives lui valent plusieurs reconnaissances, dont le prix guinéen du meilleur jeune entrepreneur en 2017 et une présence répétée dans le classement Choiseul 100 Africa. Il veut désormais faire d’IBS un modèle guinéen exportable, une référence africaine des services miniers intégrés.
Les trains continuent de traverser Kamsar, chargés de bauxite, en direction du port. Mais depuis 2010, une partie de la valeur qu’ils transportent ne quitte plus vraiment la Guinée grâce à Aguibou Ly.
Source : Ocean-news.com
