Alphonse Charles Wright, Procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire sur la gestion du Fonds spécial de riposte au Covid-19 et de stabilisation économique. Ce fonds, créé en juillet 2020, visait à atténuer les conséquences sanitaires et économiques de la pandémie.
Dans une réquisition adressée au Directeur central de l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), au Directeur central de la Police judiciaire (DPJ) et au Secrétaire à la Présidence chargé des services spéciaux et de la lutte contre le crime organisé, le parquet spécial s’appuie sur le rapport définitif de la Cour des comptes. Ce rapport met en lumière de nombreuses irrégularités présumées dans l’utilisation des fonds.
Les investigations porteront notamment sur des soupçons de détournement de fonds publics, de faux et usage de faux en écriture publique, de concussion, de corruption, de prise illégale d’intérêts et de violations des règles de passation des marchés publics.
La Cour des comptes souligne notamment des paiements effectués sans justificatifs de service, des écarts entre les montants transférés par la Paierie générale du Trésor et ceux enregistrés par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), ainsi que des dépenses réalisées en dehors des procédures légales.
Le rapport de la Cour des comptes met en lumière plusieurs opérations suspectes, notamment :
* Le versement de 3 milliards de francs guinéens à la SOTRAGUI, alors que ses bus étaient immobilisés depuis 2017.
* L’attribution de 2 milliards de francs guinéens à la Société nationale des chemins de fer, qui n’assurait plus le transport de passagers.
* Des paiements en espèces effectués à diverses structures, telles que MAMERI, Tinkisso Antenna, EGUIMAPS et EASYCOM, sans respecter les procédures administratives en vigueur.
* Des décaissements de plusieurs milliards de francs guinéens non régularisés dans le cadre des transferts monétaires de l’ANIES.
Le rapport évoque également des soupçons de favoritisme dans l’attribution des marchés publics, l’absence de mise en concurrence, le recours injustifié aux ententes directes et des conflits d’intérêts dans la gestion de certaines structures bénéficiaires des fonds.
Le parquet spécial a indiqué que l’enquête portera sur les personnes citées dans les rapports de la Cour des comptes, ainsi que sur toute autre personne physique ou morale susceptible d’être impliquée.
Les investigations seront menées sous la supervision des substituts du procureur spécial Ousmane Sano, Biwon Millimono et Pierre Segbé Kamano, par une équipe mixte d’officiers de police judiciaire coordonnée par l’ORDEF.
Le Procureur spécial a insisté sur la confidentialité de cette enquête préliminaire et a exhorté les services concernés à faire preuve de diligence afin de faire toute la lumière sur la gestion des fonds publics mobilisés durant la crise sanitaire.
Al DJIGUÉ
