On ne se rend pas toujours compte du mal qu’on fait quand on croit avoir le pouvoir de tout décider. La Direction Générale des Élections a exclu la liste nationale du FRONDEG de la compétition électorale. Et cette exclusion intervient exactement au moment où le FRONDEG avait eu le courage de mettre à nu les manœuvres qui entachaient la gestion des candidatures. Le message est clair pour tout le monde, même pour ceux qui font semblant de ne pas le voir.
Ce qui est frappant ici ce n’est pas seulement l’injustice faite à un parti politique. C’est l’image que cette décision donne de l’État lui-même. Notre parti n’est pas un groupe de l’ombre. C’est un mouvement politique qui a conquis la confiance de millions de Guinéens et qui a démontré à la dernière élection présidentielle qu’il représentait la deuxième force politique du pays. Vouloir effacer une telle réalité par un trait de plume administratif, c’est se raconter une histoire que personne ne croit vraiment.
En fait, la vengeance est une émotion humaine on peut la comprendre. Mais quand elle s’habille en décision institutionnelle, elle cesse d’être une faiblesse personnelle pour devenir une faute publique. La Directrice Générale a peut-être le sentiment que nous avons voulu l’humilier en dénonçant qu’elle a mal fait son travail. Peut-être veut-elle montrer que c’est elle qui décide. Mais une institution ne peut pas fonctionner à l’ego. Une institution fonctionne par la loi et au service du peuple, et dès qu’elle oublie cela elle commence à se défaire de l’intérieur.
Ce genre de comportement ne nuit pas seulement au FRONDEG. Il nuit à tous ceux qui ont besoin de croire que les règles du jeu sont les mêmes pour tout le monde. Quand les citoyens voient qu’une institution punit ceux qui parlent vrai ils ne perdent pas seulement confiance dans cette institution, ils perdent confiance dans l’idée même que les choses peuvent changer par les voies légales. Et c’est là que commence le vrai danger pour une société.
Admettons ici qu’une démocratie vivante ne se reconnaît pas à l’absence d’opposition. Elle se reconnaît à la manière dont elle traite cette opposition. Quand une institution de la République s’acharne à éteindre une voix parce que cette voix a eu l’audace de lui demander des comptes c’est le signe que quelque chose s’est cassé quelque part dans la chaîne du sens civique. Et le peuple le sent avant même que les analystes ne l’écrivent.
Il faut savoir que la Guinée est sous loupe. Ses partenaires au développement suivent ce qui se passe. Ils savent lire entre les lignes. Ils savent reconnaître quand une exclusion électorale est motivée par la transparence des règles ou par le calcul politique. La stabilité d’un pays repose sur la confiance que les citoyens et les partenaires accordent à ses institutions et cette confiance se construit sur des années mais se défait en quelques décisions malheureuses, comme celles présentes, dommage !
On ne dissout pas une réalité politique en lui fermant une porte administrative. On ne fait que déplacer la pression vers d’autres endroits moins contrôlables. C’est cela la vraie leçon des démocraties qui ont trébuché. Madame la Directrice fait croire qu’elle maîtrise la situation qu’elle peut neutraliser toute opposition et que tout ira bien. Mais c’est une illusion, et les illusions en politique finissent toujours par coûter cher à ceux qui les ont nourries.
J’interpelle, de passage Monsieur le Président de la République.
Monsieur le Président, vous êtes le garant de l’équilibre de cette nation. Vous avez porté une vision et des millions de Guinéens ont choisi de vous faire confiance pour conduire ce pays vers quelque chose de meilleur. Ce que fait aujourd’hui la Direction Générale des Élections ne vous aide pas. Elle vous éloigne de cette vision en vous présentant une image fausse de la réalité.
La grandeur d’un pouvoir ne se mesure pas à sa capacité à faire taire les autres mais à sa capacité à s’imposer des limites à lui-même. C’est cette grandeur-là que le peuple guinéen attend de vous.
La Guinée mérite des institutions qui sifflent en regardant le jeu et non en regardant leurs intérêts. Ce n’est pas une demande extraordinaire. C’est simplement ce qu’on appelle un État qui se respecte et qui respecte son peuple. Et un peuple qui se sent respecté dans ses droits n’a aucune raison de chercher d’autres chemins que ceux de la paix.
Aboubacar Sidiki Kaba
