Monsieur Bogola a pris la peine de s’exprimer avec mesure sur le retrait du FRONDEG, à travers un entretien sur Africaguinee.com, et nous lui en sommes reconnaissants. Ses arguments méritent une réponse à la hauteur de la considération qu’il nous témoigne, car ils touchent à des questions fondamentales sur la nature même de la compétition démocratique.
En effet, le FRONDEG n’ignore pas l’importance de la représentativité locale. Nos candidats qui étaient en lice connaissent leurs communes, leurs quartiers, leurs voisins. Ils portent des projets ancrés dans des réalités concrètes et ils brûlent, autant que quiconque, de les soumettre au verdict des urnes. Ce n’est donc pas par indifférence à nos bases que nous avons pris la décision qui est la nôtre, mais précisément par fidélité à elles.
Ce que Bogola appelle une erreur de calcul n’en est pas une. Nous ne disons pas que nous allons perdre. Nous ne présumons de rien. Ce que nous disons, c’est qu’une course où tout le monde ne part pas de la même ligne ne dit pas la vérité. Elle dit simplement que certains couraient avec des chaussures et d’autres pieds nus. Participer à une telle course ne serait pas un acte de courage démocratique, ce serait prêter notre légitimité à un résultat dont les fondements sont contestables, ce qui dessert en définitive les populations que nous prétendons défendre.
Il nous invite à faire confiance à la justice, et c’est un argument que nous prenons au sérieux. Oui, certains partis ont obtenu gain de cause devant la Cour suprême, nous y compris, pour nos candidatures à Ratoma et aux USA 🇺🇸. Mais le fait même que des partis aient dû aller devant la plus haute juridiction du pays pour obtenir le droit élémentaire de participer à une élection locale est en soi un signal que quelque chose ne fonctionne pas normalement dans le processus. La justice ne saurait être le remède ordinaire à des dysfonctionnements qui auraient dû être évités en amont. Elle est le recours exceptionnel, et son activation massive dans le cadre de ce scrutin témoigne d’une fragilité structurelle que l’enthousiasme de la compétition ne doit pas nous conduire à ignorer.
Au FRONDEG nous comprenons que revenir sur une position n’est ni une honte ni un aveu de faiblesse, comme le dit si justement Bogola. Nous partageons entièrement cette philosophie, et c’est pourquoi nous disons la même chose à ceux qui ont organisé ce processus. Reconnaître les manquements, y remédier avec sincérité et garantir à toutes les formations politiques des conditions d’accès équitables ne serait ni une honte, ni un aveu de faiblesse pour les institutions concernées. Ce serait au contraire la démonstration d’une maturité démocratique dont la Guinée a besoin et dont elle est capable. C’est ce geste que nous attendons, et c’est ce geste qui rendrait possible un retour serein à la compétition.
À cet égard, nous refusons d’être la caution d’une pluralité politique en trompe-l’œil. La démocratie locale n’a de valeur que si elle exprime authentiquement la diversité des choix citoyens. Être présents dans des conditions qui compromettent cette authenticité, c’est participer à l’illusion, ce n’est pas de la démocratie. Le FRONDEG reste ouvert au dialogue, disponible pour toute démarche inclusive qui remettrait véritablement tous les acteurs à égalité, et déterminé à accompagner ses bases vers des échéances où leur engagement sera respecté à la hauteur de leur confiance.
Aboubacar Sidiki Kaba – Secrétaire Général du FRONDEG
