Charles Wright, le nouveau Procureur spécial près la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), a lancé un avertissement sévère lors de la cérémonie de passation de service : « Ne soyez pas surpris qu’un magistrat passe à la CRIEF. Personne ne sera épargné. » Déterminé à éradiquer la corruption, il a affirmé qu’il ne reculerait devant personne dans sa mission. Wright estime que la phase de développement actuelle du pays, après la transition, est incompatible avec de telles pratiques.
« La corruption c’est un poison qui a beaucoup d’adeptes. C’est dans toutes les maisons : la justice, l’administration publique, l’administration privée. Ne soyez pas étonnés demain qu’un ministre actuel dans le gouvernement puisse passer devant la CRIEF. Ne soyez pas surpris qu’un magistrat passe à la CRIEF. Personne ne sera épargné. Ne soyez pas surpris demain, quelle que soit la personne, quand on vient vous dire « oui, il est revenu encore, il a commencé ». Au fait, je n’ai pas commencé. Je viens pour terminer dans la légalité ce que j’ai commencé », a déclaré l’ancien Ministre de la justice, désormais procureur spécial qui jure d’appliquer la loi sur la détection et la répression de la corruption en commençant par sa propre personne. Il a annoncé qu’il rendrait public son patrimoine dès le début de la semaine.
« J’ai promis, et je le réaliserai. A partir du lundi, je déposerai ma déclaration de biens au niveau du greffe que j’occupe. Parce que la loi sur la détection dit que les présidents de juridiction doivent faire la déclaration de leurs biens au niveau du greffe de leur juridiction. Je me soumettrai à ça demain. Personne ne sera épargné. Qu’on ne me dise pas, non, ça ne se doit pas. Je commencerai par moi-même. Vous m’avez vu, j’ai comparu devant les juridictions ici en tant que ministre, par respect pour la loi. La loi, elle est plus forte que nous tous. Nul n’est au-dessus de la loi », a-t-il martelé.
Le procureur a vivement critiqué les dysfonctionnements internes au système judiciaire, dénonçant le monnayage des décisions de justice qui entrave le développement du pays.
« Le mal est où ? D’abord dans ma propre maison de justice. Pour obtenir une décision de justice, parfois, vous êtes obligé de payer. Il ne faut pas qu’on soit étonné. […] À partir de là, je lance un appel à tous les collègues magistrats. Celui qui est là, il est ministre, il est magistrat : qu’on ne pense pas que la loi, c’est de l’autre côté. Est-ce qu’on peut développer un pays alors que l’on baille à la corruption ? Le doute n’a pas sa place. Quelle que soit ce que nous voulons pour notre pays, on est sorti de la transition, on est dans la phase du développement », a-t-il lancé.
Alphonse Charles Wright a également dévoilé un numéro vert (627 97 17 17) pour dénoncer les pratiques illicites.
Al Hassan Djigué
