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Billet de 50 000 GNF : solution économique ou inquiétude pour le pouvoir d’achat des Guinéens ?

L’annonce de l’introduction prochaine d’un billet de 50 000 francs guinéens est présentée par les autorités comme une réponse à la rareté de liquidités et comme un moyen de faciliter les transactions dans l’économie. Sur le plan technique, l’argument peut sembler logique dans un contexte où les prix augmentent et où les montants des échanges deviennent plus élevés.

Mais pour beaucoup de citoyens, cette décision soulève une question essentielle : le problème vient-il réellement du manque de billets ou de la manière dont l’argent circule dans l’économie ?
Aujourd’hui, l’un des défis majeurs de l’économie guinéenne est que l’argent circule peu. Une grande partie des liquidités reste immobilisée hors du système bancaire, conservée à domicile ou dans des circuits informels.
D’après les techniciens du domaine, la thésaurisation prive l’économie d’un moteur essentiel, car l’argent qui ne passe pas par les banques ne peut pas financer les entreprises, soutenir l’investissement ou stimuler la production.
Dans ce contexte, l’introduction d’un billet de forte valeur risque de traiter les symptômes plutôt que la cause du problème.
Une autre inquiétude concerne l’impact psychologique d’une telle mesure. Dans de nombreux pays, l’apparition de grosses coupures est souvent perçue comme le signe que la monnaie perd progressivement de sa valeur. Cette perception peut alimenter la hausse des prix et accentuer les pressions sur le coût de la vie des guinéens, déjà très sensible pour les ménages.
Au fond, la véritable question reste celle de la confiance dans le système financier. Tant que les citoyens préféreront garder leur argent en dehors des banques, l’économie aura du mal à mobiliser les ressources nécessaires pour soutenir la croissance.
La priorité devrait donc être de ramener l’argent thésaurisé vers le système bancaire, en renforçant la crédibilité des institutions financières et en encourageant l’épargne formelle.
Car, selon les économistes, une économie ne se redresse pas simplement en imprimant de nouveaux billets, mais en assurant une meilleure circulation de l’argent, en renforçant la confiance et en soutenant la production réelle.

Abass Pablo Bangoura