La crise de cash dans les banques guinéennes s’explique par une segmentation de la célérité de la monnaie au sens de Fisher.
Au niveau formel, la vitesse de circulation de la monnaie est anormalement basse.
A priori, il devrait y avoir de l’argent dans les banques. C’est là que beaucoup d’analystes commettent une erreur d’interprétation.
En se référant à l’équation quantitative de Fisher :
M X V = P X Y
où :
M représente la masse monétaire,
V la vitesse de circulation de la monnaie,
P le niveau général des prix,
Y la production (l’activité économique).
Lorsqu’on observe ces paramètres, tous les indicateurs macroéconomiques semblent corrects. Pourtant, il n’y a pas de cash dans les banques.
Dans un système normal, lorsque V diminue, cela veut dire que l’argent est épargné dans les banques.
Les agents économiques conservent leur argent sous forme de dépôts afin de se couvrir contre les risques liés à l’activité économique ou à une éventuelle récession.
👉 Sauf qu’en Guinée, la situation est différente.
En Guinée, V diminue, mais l’argent n’est pas épargné dans les banques.
Au contraire, l’argent physique circule ailleurs, notamment dans l’économie informelle, et ne retourne pas dans le système bancaire formel. Le véritable problème est donc que l’argent circule hors du système bancaire et ne revient pas dans les banques.
L’informel prend un poids de plus en plus important sur le système financier.
Par ailleurs, la digitalisation actuelle est mal orientée.
Le paiement électronique sert principalement de canal de retrait, au lieu d’être un moyen de paiement final.
Nous devons travailler à mettre en place des systèmes de paiement instantanés et interopérables.
Le paiement électronique doit servir de paiement final, afin d’inciter un retour rapide de l’argent dans les banques.
La monnaie ne manque pas.
Il n’est pas nécessaire d’injecter davantage de fonds dans les banques, au risque de créer un cercle vicieux.
On observe actuellement une fuite massive vers l’informel, car les agents économiques anticipent l’incertitude, préfèrent garder leur argent et souhaitent pouvoir l’utiliser à tout moment.
👉 La variable centrale de la politique monétaire aujourd’hui est la vitesse de circulation de la monnaie (V).
Il faut donc travailler à intégrer progressivement l’informel, afin de sortir durablement de l’économie souterraine.
Tant que l’argent circulera hors des banques, la crise de cash persistera, quelle que soit la quantité de billets injectés.
Mohamed DIAWARA, Financial Controller
