Des tensions à la frontière Guinée-Libéria concernant l’extraction de sable dans le fleuve Makona se sont apaisées après un dialogue entre les autorités des deux pays. L’incident s’est produit près de Foya, dans le comté de Lofa au Liberia, lorsque l’entreprise BK Enterprise a lancé des travaux d’extraction de sable dans le fleuve Makona, frontière naturelle entre les deux États.
Des soldats guinéens armés ont traversé le fleuve pour interrompre les travaux et saisir les équipements, justifiant leur intervention par la souveraineté guinéenne sur le fleuve et la nécessité d’une autorisation préalable de Conakry pour toute exploitation. La suspension des activités a été ordonnée par le préfet de Guéckédou, le général Kandia Mara.
En réponse à la situation, le ministre libérien des Affaires intérieures et ministre désigné du Gouvernement local, Francis Sakila Nyumalin, s’est rendu en urgence dans la zone frontalière pour s’informer sur les circonstances de l’incident.
Accompagné de plusieurs responsables sécuritaires et administratifs, il a rencontré les autorités locales et les forces de sécurité déployées dans la région afin de recueillir des informations directes sur les événements. À l’issue de cette mission, les deux pays ont convenu d’organiser une rencontre bilatérale le 8 mars pour désamorcer les tensions.
La délégation libérienne comprenait notamment le général Davidson F. Forleh, chef d’état-major des Forces armées du Liberia, Gabriel Nydupellar, ministre adjoint de la Justice chargé des services correctionnels, l’ambassadeur itinérant Sheikh Al-Moustapha Kouyateh, l’ambassadeur J. Henric Pearson, ainsi que J. Lavelah Massaquoi, superintendant du comté de Lofa.
La rencontre s’est tenue dans un bâtiment administratif à Guéckédou, en Guinée, sous la présidence du général Ibrahima Kalil Condé, ministre guinéen de l’Administration du territoire et de la Décentralisation. Avant les discussions, les forces de sécurité libériennes ont informé la délégation que le drapeau du Liberia avait été récemment déplacé du poste de contrôle vers les rives du fleuve Makona afin de rendre plus visible la présence du pays dans la zone. Cette décision aurait toutefois contribué à accroître les tensions, les autorités guinéennes revendiquant non seulement la souveraineté sur le fleuve, mais également une zone d’environ 800 mètres à partir du milieu du cours d’eau vers le territoire libérien.
Lors de la réunion, les deux parties ont évoqué les relations historiques entre la Guinée et le Liberia, caractérisées par des échanges commerciaux importants et des liens culturels et familiaux entre les populations frontalières. Des notables guinéens ont également mentionné des références historiques remontant à l’époque de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Ils ont soutenu que lorsqu’un fleuve sert de frontière naturelle entre deux États, la souveraineté est attribuée au pays où le fleuve prend sa source. Le fleuve Makona prenant naissance en Guinée, certains responsables guinéens considèrent qu’il relève du territoire guinéen.
Afin de réduire les tensions, la délégation libérienne a accepté de replacer le drapeau national à son emplacement initial au poste de contrôle frontalier, comme l’a rapporté Voice of Lofa. Le ministre Francis Nyumalin a également demandé la restitution des équipements saisis et la reprise des activités d’extraction de sable, précisant que ces matériaux sont destinés à des projets de développement au Liberia susceptibles de profiter aux communautés des deux côtés de la frontière. Les autorités guinéennes ont indiqué être, en principe, favorables à la restitution du matériel, mais ont précisé que la décision finale dépendra d’une évaluation technique menée par le ministère guinéen des Mines et de la Géologie.
Ces mesures visent à apaiser les tensions et à faciliter un retour progressif à la normale entre les deux pays.
La rencontre s’est terminée par une réception à la résidence du préfet de Guéckédou. La délégation libérienne est ensuite repartie sans encombre. D’après Voice of Lofa, le calme est revenu à la frontière de Sorlumba et les échanges commerciaux transfrontaliers reprennent progressivement. Les autorités des deux pays devraient poursuivre les discussions pour éviter de nouveaux incidents et clarifier les questions liées à l’exploitation des ressources dans cette zone sensible.
Yazid Al Hassan
