La situation de l’ancien Premier ministre guinéen, Ibrahima Kassory Fofana, interpelle aujourd’hui la conscience nationale. Au delà des debats juridiques et des positions politiques, une question fondamentale se pose : jusqu’où une justice peut-elle aller sans perdre son âme ?
Depuis de longs mois, l’ancien chef du gouvernement est hospitalisé dans un état de santé qui suscite de vives inquiétudes. Cette réalité n’est plus contestée, pas même par l’accusation. Bien au contraire, c’est le procureur spécial près la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières, Aly Touré, lui-même qui a reconnu la gravité de la situation en évoquant explicitement des raisons humanitaires pour justifier sa mise en liberté.
Lorsque l’autorité de poursuite elle-même invoque l’humanisme pour demander la libération d’un prévenu, la logique commande d’aller jusqu’au bout de cette démarche. Car si l’état de santé d’un homme est suffisamment préoccupant pour justifier sa sortie de détention, pourquoi maintenir au-dessus de lui l’ombre d’une privation de liberté qui pourrait à tout moment redevenir effective ?
La justice ne doit jamais se transformer en instrument de souffrance. Elle doit rester l’expression la plus noble de la loi, tempérée par la sagesse et par la dignité humaine. Dans toutes les grandes démocraties, le droit reconnaît que la maladie grave constitue un motif légitime pour adapter ou suspendre l’exécution des peines ou des poursuites.
Mais au delà de la simple libération provisoire, la situation actuelle appelle une réflexion plus profonde et plus courageuse.
L’humanisme évoqué par le procureur spécial devrait conduire à envisager une solution définitive permettant de tourner cette page douloureuse. Dans cet esprit, l’idée d’un pardon définitif, inspiré par la sagesse, la paix sociale et le respect de la dignité humaine, mérite d’être sérieusement considérée afin de clore ce dossier qui a déjà profondément marqué la vie politique et judiciaire nationale.
Un tel geste ne serait pas une négation de la justice. Il serait plutôt l’expression d’une justice élevée, capable d’allier rigueur et compassion, responsabilité et humanité. Dans l’histoire des nations,il existe des moments où la grandeur d’un État se manifeste par sa capacité à privilégier la cohésion nationale et la dignité humaine.
Par ailleurs,l’urgence humanitaire exige également qu’une évaluation médicale approfondie et indépendante de Ibrahima Kassory Fofana soit effectuée dans une structure médicale appropriée, disposant des moyens nécessaires pour établir avec précision la réalité de son état de santé et assurer sa prise en charge adéquate.
Une telle démarche donnerait tout son sens à l’humanisme invoqué par Aly Touré et renforcerait la crédibilité de l’action judiciaire.
La Guinée qui aspire à consolider son État de droit et à renforcer la confiance dans ses institutions, gagnerait à démontrer que sa justice est capable de conjuguer fermeté et humanité.
Maintenir un homme gravement malade dans une situation judiciaire incertaine ne grandit ni la justice ni la République.
Accorder une libération totale accompagnée d’une mesure de pardon définitif, suivie d’une prise en charge médicale dans une structure spécialisée, serait un acte de sagesse, de responsabilité et d’humanisme. Ce serait aussi un signal fort envoyé à la nation et au monde : celui d’une justice qui sait rester humaine jusque dans ses décisions les plus difficiles.
Car au-delà des passions politiques et les contreverses judiciaires, une évidence demeure: la grandeur d’une justice justice se mesure aussi à sa capacité à faire preuve de compassion.
Et parfois, la décision la plus juste est celle qui choisit l’humanité.
Abass Pablo Bangoura
